Octobre à nu

La cloche retentissait encore et encore. C’était un rêve plaisant jusqu’à ce qu’une copine du lycée soit tellement enceinte que la tête de son enfant lui ressortait par dessus le décolleté. Rattaché à son plexus solaire, le bébé n’arrêtait pas de gigoter dans tous les sens. Elle voulait l’accoucher au plus vite par le creux des clavicules. Je me suis dit que si un jour je devais être enceinte, je ne voudrais jamais accoucher par voie haute.

De nouveau la cloche résonnait. Je me tortillai de droite à gauche puis terminai sur le ventre. Ça sentait le porridge crâmé. Le début d’une longue journée. J’essayais de m’accrocher au rêve des accouchements, des bébés et autres fantaisies mais la réalité me tirait hors du lit. L’inertie de mon quotidien reprendrait le relais. Depuis six mois, j’étais devenue une gadoue de complaisances macérée dans une routine réductrice. Mon corps s’était engourdi au point de rendre la sortie du lit une prouesse olympique. Courbée, je traînais des pieds jusqu’à la cuisine pour me shooter à l’eau de citron chaude.

A chaque gorgée, je me débarrassais peu à peu de la lourdeur de cette existence morne. Je décapais le faux contentement. J’enlevais le crépi des réprobations infondées. Je taisais les conseils des imposteurs. Comme un arbre, je me dénuais face l’automne.

Illustration par Ana Paola Castro
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