À quoi bon ?

Il parait que la discipline s’acquiert. Il suffit d’un peu de conviction pour répéter quotidiennement une tâche. Je l’ai fait pendant trois semaines. Je me suis réveillée tous les matins à 6h pour faire du Mysore et j’ai tenu mon engagement. Mais je n’avais aucune conviction. Je ne savais même plus pourquoi je faisais ce sacré défi. Je suppose que c’est dans mon caractère : faire genre, je suis une bonne élève qui ne lâche rien, “ se réveiller à 6h fastoche ! Par contre, ne me demandez pas en plus de sourire ou de porter la cause ”. J’ai bien sûr relevé le défi avec totale nonchalance, la bouche empâtée d’un “ À quoi bon ? ” sordide.

Cet “ à quoi bon ? ” reflète mon absence de foi et de courage pour confronter les défis de la vie. En général, je suis très enthousiaste mais je perd rapidement tout intérêt car les doutes me dévorent. Le “ à quoi bon ? ” me ravage. Peut-être que j’attends des applaudissements de l’univers ou une gratification quelconque – les scientifiques tentent d’expliquer que c’est ce besoin de gratification qui rend tellement difficile le management des gens de ma génération. À quoi bon pratiquer, si c’est pour me créer des micro-blessures et à terme me blesser pour de bon ? À quoi bon m’investir dans un projet si, quoi qu’il en soit, ce monde est à l’envers ? À quoi bon s’imposer une discipline, si ce foutu “ à quoi bon ? ” finit par l’engouffrer ? Je préfère alors rester enfermée chez moi jusqu’à ce que je comprenne le sens de la vie… sauf qu’à 14h30, il me faudra quand même aller bosser pour payer le loyer, le crédit et acheter un paquet de lentilles et de riz, qui constituent la base de mon alimentation… parce que je suis végane, une végane sans conviction. Je ne mange pas de viande car j’aime pas ça, ni du miel car ça je l’ai toujours détesté (autant que les gens mielleux), ni du lait de vache car cela me fait péter… Goûts et caprices sont mes seules convictions dans la vie.

Demain, je pratiquerai comme je le fais depuis quelques jours. Non pas pour me démontrer quoi que ce soit, mais pour guetter Monsieur “À quoi bon ?“. Peut-être qu’en l’observant, je finirai par retrouver de la ferveur dans mon existence.

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