Attention, ne te laisse pas bouffer par l’ennui du dimanche

C’est dans l’écriture que j’asphyxierai l’ennui du dimanche. Souvent je pense à mon jour de repos comme étant le plus précieux de la semaine mais une fois venu, surtout l’aprèm, j’ai juste envie qu’il s’achève et au plus vite. Je passe trop de temps à faire glisser mon pouce sur les réseaux sociaux. Ces bêtes multicéphales dévorent toute mon attention jusqu’à laisser une carcasse poreuse d’ennui. Rendez-moi mon attention ! Au moins avec elle, je pourrai abattre ce foutu ennui. J’ai récemment appris que toutes les applications étaient conçues graphiquement pour que l’on reste accrochés éternellement à nos appareils. Je m’en doutais bien. Surtout qu’à force de voir des gens dans la rue pliés comme des cintres, la tête plantée dans leur téléphone, se rentrer les uns dans les autres l’air perplexe, j’ai compris d’où le téléphone piochait son intelligence.

Il s’avère qu’un gars qui travaillait chez Google, piqué par une sorte d’éthique veut ramener sur la scène politique le problème de l’usurpation de notre attention. Il semblerait que seul le respect des données privées préoccuperait les gens alors que le droit à garder notre attention est tout aussi important. D’après lui, les sites web et applications sont conçus pour que notre navigation soit infinie : que l’on scrolle sans arrêt sur l’écran, que l’on saute d’une “story” à une autre, que les vidéos s’enchaînent en fonction de nos goûts et préférences. Certes, nous sommes tous heureux de nous recroqueviller devant nos appareils, de nous abstraire devant des vidéos de pieds qui marchent sur des pavés, du macadam, de l’herbe, du sable… et de nous laisser hypnotiser par des images épileptiques qui donnent la gerbe. Nous sommes tous absorbés par des histoires aussi banales que plates du quotidien de nos semblables. C’est un peu comme la télé, nulle mais aussi faite pour que l’on zappe à l’infini.

A-t-on peur de saisir la vie ? Pourquoi veut-on toujours fouiller celle des autres ? Marcher sans fixer la route, manger en mâchant des nouvelles, des vidéos ou des photos de vacances des gens que l’on ne supporterait pas croiser dans la vraie vie. Aucune politique ne pourrait changer ces désirs ignominieux de vouloir mater la vie des autres. Nous nous battons pour garder nos données privées mais offrons volontiers notre attention pour oublier le sol sur lequel nous marchons.

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