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Confinée entre deux mondes (jour #2)

Catalina Patiño 25 mars, 2020 105 5


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Revenons sur les photos à poil. Indécence, provoc’, puterie. Cela dépend d’où on est et où l’on va. Je viens d’un pays faussement laïc. Lors des interventions télévisées, on entend encore aujourd’hui le Président de la République s’en remettre à Dieu pour rassurer le peuple sur la propagation du virus. Je m’insurge face à ses propos suavement prosélytistes. Au lieu de prononcer des allocutions publiques à foison, il ferait mieux de reprendre notre sort des mains de Dieu. En l’espace d’une matinée, on entend tout et son contraire sur les mesures à adopter. Un pur extrait d’empirisme schizophrène au service d’un pays habitué à des tests temporaires qui finissent par s’éterniser à jamais. Les cobayes ne sont prévenus que quand l’approche expérimentale à grande d’échelle épuise ses pipettes à fabulations. C’est le seul moyen de duper un peuple malicieux qui zigzague dans les joies de la débrouille. 

Je suis confinée chez eux, chez moi. Je frétille au rythme des discours dissonants. Je suis épuisée alors que nous ne sommes qu’au quatrième jour d’une simulation devenue réalité d’un coup de micro à la télé. Combien de temps confinée ? Seul Dieu le sait car le Président est occupé à prier. J’aimerais bien qu’il arrête ses litanies un instant pour que je puisse rentrer chez moi, chez eux. Je ne peux pas manifester ouvertement mon envie de rentrer en France. Ma mère ne supporte pas de voir sa fille sevrée d’une patrie stupide et désormais accrochée au sein d’une autre corrodée. Je fais alors semblant de gratitude envers la situation car, après tout, j’ai appris à simuler sur le long terme l’euphorie tropicale. Près des miens, loin des miens. Je bascule d’un pays à l’autre en changeant d’écran. Sur l’un, la ferveur. Sur l’autre, la terreur.  

Loin du projet initial de parcourir l’Amérique Latine, j’entame le simulacre d’un voyage forcé dans mon intériorité. Je me submerge dans les profondeurs d’une existence triviale. Je me retrouve sanglée à entendre des consignes disparates sur la vie qu’une femme doit mener. Sourire sans exagérer. S’asseoir les jambes croisées même si mon déséquilibre osseux se voit accentué. Vouer ma pudeur à mon compagnon. Outrée par cet épisode, je ressurgis avec des clichés à poil d’un corps qui m’appartient dans son image et usage. Je consigne cette expérience au travers d’un récit sur le confinement du corps illustré d’une image évocatrice. La désapprobation de ceux qui croient posséder le monopole de ma nudité s’est faite entendre. La négociation s’est soldée par un recadrage et la miniaturisation du cliché. La marchandise à nue ne serait qu’une stratégie pour attirer l’oeil sur l’indécence d’une femme provocatrice de vils émois. Vaine révolte contre une société agenouillée devant un phallocrate divin. 

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Catalina Patiño

Optimiste, je poursuis mon chemin :)

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