Écrire en français, une peur à surmonter

Écrire en français, une peur à surmonter

J’ai écrit deux ou trois articles en français qui sont restés sans publier par manque de courage. Je me disais qu’il me fallait en écrire plusieurs avant de publier mon blog en français. Mais comme je n’arrivais pas à m’activer dans l’écriture de textes, soit disant par manque d’inspiration, je les ai abandonnés au fond du dossier “frustrations”. Je voulais vraiment partager mes histoires avec les gens de mon entourage, mais j’avais peur de m’exposer. J’étais trop attachée au résultat, ce qui me bloquait dans le processus de création. Au lieu de profiter des mots pour raconter ma vie, j’angoissais avec les possibles réactions des lecteurs. Des “c’est nul”, “c’est pas mal pour une fille qui n’est pas française” et des “peut mieux faire” envahissaient ma tête. A la fin, j’ai conclu que je n’avais aucune histoire captivante à raconter. Certes, je suis marrante à l’oral car j’ai un accent exotique et une approche originale pour raconter des histoires, mais cela ne suffit pas à l’écrit.

Pendant plus de deux ans, j’ai refoulé mes envies d’écrire et cela n’était pas si dur car mon mental avait le dessus sur moi. Dès que je m’asseyais devant l’ordi, il me ressortait tous mes échecs pour me dissuader d’entreprendre ce nouveau défi. Il me martelait les années passées à la fac qui ne m’avaient menées nulle part. Il me rappelait mon âge avancé, le retard cumulé depuis ma naissance et mon manque de vision. Au lieu d’écrire des histoires bêtes sur un blog, qui en plus pouvaient nuire à mon image, je devrais plutôt m’attaquer à développer une vraie carrière, celle qui m’assurera une place respectable dans cette société. La peur de l’échec paralysait alors mes doigts sur le clavier et je voyais défiler sur l’écran mon insignifiante existence. Malgré le pouvoir de cette voix interne, une autre plus discrète m’encourageait à écrire. C’est peut-être celle-là même qui m’a poussée à faire du yoga et la méditation.

Désireuse de vaincre cette peur, j’ai emprunté une dizaine de bouquins pour apprendre à écrire. L’un d’eux conseillait d’exercer un métier afin d’ avoir une source d’inspiration constante. Comme j’étais au chômage, je me suis dit qu’il me fallait trouver une occupation épanouissante, au risque de mourir de tristesse et d’être incapable d’écrire la moindre ligne. C’est là que je me suis orientée vers le yoga, mais cela c’est une autre histoire. Les autres livres recommandaient de lire beaucoup et d’écrire chaque jour au moins dix minutes. Le plus simple, c’était de rattacher ces deux activités à la routine quotidienne; par exemple écrire un paragraphe avant de prendre le petit-déj’ ou après s’être brossé les dents le soir. J’ai essayé de mettre en pratique ces conseils, mais la peur continuait à me bloquer, car elle nourrissait des ambitions superficielles de mon égo. Des articles médiocres dans un français scolaire ne me mèneront jamais à la gloire ! En plus, je risque de croiser des lecteurs dans la rue auxquels je ne pourrais plus cacher ma petitesse.

Or, après avoir fait un volontariat au Portugal et une formation Ashtanga à Barcelone, j’ai regagné confiance en moi. J’ai compris qu’il suffisait de changer la perception que j’avais de mon vécu pour avancer. Au lieu de culpabiliser sur toutes les formations et projets réalisés dans le passé, je devais les intégrer dans mon processus d’apprentissage personnel. Je me suis rendue compte que ce n’étaient pas les diplômes obtenus, les emplois réalisés ou le métier exercé qui me définissaient comme personne, mais plutôt mon attitude face au monde. Pour écrire, je devais ouvrir mon coeur et arrêter de me torturer avec des événements du passé, car en les acceptant je trouverai une réelle source d’inspiration. J’ai commencé alors à m’accepter telle que je suis vraiment. J’ai retrouvé la vraie joie de vivre, celle qui me fait profiter de chaque échange et apprécier la beauté du monde. J’écrirai désormais ce blog pour me libérer de la peur et effacer peu à peu ce sentiment d’échec lié au résultat, qui me poursuit depuis mon enfance. Chaque article que je publierai sera une bataille victorieuse contre ma résistance personnelle.

Mot de la fin

Je n’écrirai pas les même histoires en français et en espagnol parce que je déteste d’une part, traduire et d’autre part, me répéter. Raconter deux fois la même histoire en pensant à la localisation de l’humour et des sentiments me fatigue. J’aurai donc un blog bilingue qui répondra à mon personnage bipolaire, car même si je suis la même personne, quand je parle dans une langue je m’adapte toujours à mon interlocuteur pour tenter de l’émouvoir.

Voici quelques livres pour apprendre à écrire


Ecrire une chronique : Presse, radio, télé, web de Christine Berrou

 

 

Technique du métier d’écrivain de Victor ChklovskiTechnique du métier d'écrivain de Victor Chklovski

mots-clés

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *