Récit d'un corps confiné

Récit d’un corps confiné (jour #1)

Alors on danse. Aussi simple que ça. Pas besoin de cours de salsa dans un pays lointain pour remuer son bassin. Pas besoin de s’enfiler une dizaine de tutoriels Youtube pour gambiller. Il suffirait juste de s’abandonner à la musique en fermant les yeux. Les murs autour de nous reculeraient face à la gaité de notre âme. 

Le corps n’est pas bête. Il fait la fête depuis qu’on l’a autorisé à rester chez lui. Des années confiné dans une boîte à exécuter des tâches répétitives dans une posture de soumission. Il a subi les consignes d’aménagement de désignateurs d’espace qui réduisent le quotidien à un calvaire collectif de corps recroquevillés. Ses muscles se sont rétrécis, ses articulations rouillées et ses fascias gelés. Car on ne compensera pas trente-cinq heures cambré par trois heures de sport hebdomadaires en tenue Décathlon. On ne se videra pas la tête en sortant boire des coups le week-end et en regardant Netflix tous les soirs. On ne se connectera pas avec soi en baclant une méditation matinale entre deux stories Instagram. Même la sortie dominicale en forêt ne sert qu’à attester d’une prétendue déconnexion à coup de postures de yoga expédiées sur un fil d’actualité.

Le corps réclame sa liberté. Il ne veut plus de lumières blanches et des fonds sonores artificiels. Il refuse de suivre ce rythme effréné d’activités déferlantes qu’impose la reconnaissance sociale. Surchauffe, implosion puis explosion. Voici le cycle de vie d’un corps contraint à la performance en flux tendu. Aujourd’hui, cantonné dans un espace familier, il accomplit un destin sans prétentions. Jour après jour, il se délie du poids d’une existence saccagée. Dans le confinement, il se surprend à danser les yeux fermés. 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *