Le supplice de mon ingratitude

ingratitude

Et si je me retrouvais seule la nuit chez moi ? Toute seule. Pas de compagnon. Pas de chat. Sous la couette, je m’exhorterais à faire la traversée de deux mètres qui me sépare des toilettes. De la chambre au micro-couloir surgiraient les victimes de ma petitesse, de mon ingratitude et de ma lâcheté que j’évite depuis toujours. J’imagine leurs ombres s’afficher sur les murs puis s’agrandir pour venir me tourmenter.

Tout d’abord apparaîtront en masse tous ces gens que j’ai laissés en plan parce que je n’avais plus envie de sortir, et encore moins de les appeler pour annuler le rendez-vous. Puis, défileront tous ces amis que je n’ai plus jamais contactés. Je trouve tellement plat d’envoyer un message facebook pour saluer, et encore pire pour souhaiter bon anniversaire. Je préfère garder le silence ou écrire une carte postale qui ne sera jamais expédiée car je ne connais pas leur coordonnées. J’ai pourtant mille fois visualisé un carnet d’adresses gorgé de toutes ces personnes que j’ai croisés et qui m’ont marqués. Or, je ne concrétiserai jamais cette entreprise car je peine à sauvegarder les numéros suite aux appels manqués ayant pour but cette pénible intention. Comme je refuse de passer par les canaux aseptisés de la communication moderne, je récupère la carte postale toujours vierge en marque page. Dans tous les cas, si je les avais contactés, j’aurais gâché l’effet surprise.

De la pénombre, ma famille surgirait en dernier. Fâchée ou déçue. Peu importe. Ils se cachent souvent sous le masque d’une joie indifférente. J’ai toujours passé des coups de fils imaginaires pour leur dire que je les aime et que je les remercie. J’ai même entretenu de longues conversations qui n’ont jamais dépassé la sphère de mes chimères. Par lassitude et paresse, je les ai rarement appelés. Alors, le soir seule sans les caresses de mon chat ni les ronronnements de mon mec, tout ce cumul de rendez-vous, cartes postales et appels délaissés sortiront de leur cachette pour me ronger. Le soir, seule, ils viendront me torturer. J’ai peur de rester seule. J’ai peur que les remords du passé ne viennent me tenailler.

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